Anaïs' Misfits

Le blog anti-miso-boulot-dodo. Le récit de mes méfaits diurnes et/ou nocturnes. Blog d'humeur et de mauvaises humeurs.

lundi 20 septembre 2010

Interview des auteures de « Merci les filles », mon nouveau petit précis d’histoire du féminisme.

9782258084575Un trio gagnant, Valérie Ganne / journaliste, Virginie Berthemet / graphiste et Juliette Joste /éditrice, dressent dans « Merci les filles » l’inventaire des petites et grandes histoires du féminisme et de leurs héroïnes à travers les décennies.

Des chiffres, des dates, des faits. L’ouvrage revient, avec humour parfois, avec pertinence toujours, sur les combats d’Annette Messager, Françoise Giroud, Gisèle Halimi et de tant d’autres. Sans amertume ou militantisme patenté. Adoptant un point de vue résolument concret, loin des grandes théories.

Rencontre avec trois drôles de dames qui nous rappellent à toutes combien les combats d’hier demeurent ceux d’aujourd’hui. Alors, juste pour ça, je vous dis merci les filles.

+Pour vous, être féministe c’est quoi ?

Valérie Ganne, la journaliste : Simplement oeuvrer à améliorer la condition des femmes. La féministe de mauvaise humeur, vieille, fatiguée, si possible habillée en homme et définitivement fâchée avec eux, est un cliché aussi tenace que celui de la desperate housewife... donc à combattre par tous les moyens.

Virigine Berthemet, l’illustratrice : En fait, je ne me sens pas spécialement féministe, il se trouve que naître femme induit de devoir revendiquer un peu plus que les hommes pour se faire une place. Petite, je méprisais les jeux de fille, j'avais l'impression qu'on essayait de me faire entrer dans un modèle subalterne avec ces barbies et leurs machines à laver miniatures. On me taxait de "garçon manqué" alors que j'avais juste envie de faire mes propres choix. Maintenant, on vous taxe d'être féministe si vous voulez gagner le même salaire que votre alter ego masculin.

Juliette Joste, l’éditrice : C'est... normal. A peu près aussi basique qu'être humaniste, tolérant, curieux, progressiste.

+ Avez-vous vécu dans vos vies professionnelles respectives certains des désolants épisodes que vous décrivez dans l’ouvrage (discrimination, salaires …) ?

Valérie Ganne : Rien de grave. Il y a dix ans, quand j'ai quitté (de mon propre chef) un emploi salarié, la première chose que m'a dite l'homme qui m'a remplacée c'est : "j'ai commencé par renégocier ton salaire, c'était pas possible". La bonne nouvelle, c''est que quand une femme l'a remplacé, trois ans plus tard, elle en a profité, le salaire n'a pas baissé !

Virigine Berthemet : Dans les agences de communication dans lesquelles j'ai travaillé plusieurs années, je n'ai pas rencontré ce genre de problème. Les salariés étaient traités avec une relative égalité. Longtemps les arts graphiques ont été dominés par les hommes, mais une nouvelle génération est arrivée, et le métier se féminise de plus en plus, avec des femmes parmi les "stars", comme Geneviève Gauckler ou Catherine Zask.

Juliette Joste : J'aurais juré que non. Jusqu'au jour où on a créé un poste au-dessus de moi pour le donner à un homme non qualifié. J'ai décidé de partir, et l'entreprise a créé un échelon en-dessous du mien qu'elle a donné à un débutant. J'y ai gagné la liberté et une certaine satisfaction à constater qu'il ne fallait pas moins de deux mecs pour me remplacer.

+Vous prenez le parti de proposer un ouvrage très coloré et imagé. Peut-on parler du féminisme en adoptant une certaine futilité ?

Valérie Ganne : Pour sortir de l'image d'archive habituelle du féminisme, les dessins et l'humour de Virginie sont salutaires. Choisir de mettre en couverture une "wonder woman" du féminisme, d'écrire des chapitres sur la Mère Denis, Barbamama, ou Brigitte Bardot n'est pas futile, mais utile. C'était le but du livre, dépoussiérer tout ça !

Virigine Berthemet : Avec Merci les Filles, on a pris le parti de détourner une esthétique années soixante dix, pour réexprimer les slogans féministes de nos mères. Mettre un peu d'humour et de distance était nécessaire pour dépoussiérer ces vieux thèmes, les ouvrages traitant aujourd'hui du féminismes étant à peu près aussi attirants qu'une purge, alors que si vous feuilletez les "torchon brûle" de la Grande époque, c'était très gai, drôle, illustré.

Juliette Joste : Une de mes féministes préférées c'est la styliste Fifi Chachnil: elle dit qu'il n'y a rien de tel que de se balader en mini jupe, mules de 12 et tête haute pour ne pas se faire harceler, autrement dit d'être une femme-femme assumée et fière de l'être. Vive les talons décidés et la futilité... profonde

+Quelle injustice faite aux femmes vous révolte le plus ? Pourquoi ?

Valérie Ganne : En ce moment, c'est la condamnation à mort de Sakineh Mohammadi-Ashtiani en Iran, malgré la mobilisation internationale. Pas seulement parce que c'est une injustice, mais aussi parce que ce genre d'histoire revient régulièrement nous confronter à notre impuissance.

Virigine Berthemet : Il n'y en a pas une en particulier, mais ce qui me navre c'est que c'est bien souvent les mères qui retransmettent ces injustices à leurs filles.

Juliette Joste : La liste serait longue, et les injustices faites aux femmes ne me révoltent pas plus que celles faites aux hommes en général. Simplement, il me semble que le rapport hommes-femmes est le premier qu'on constate et qu'on pratique lorsqu'on est enfant et que se forme notre vision du monde, de sorte que c'est le premier à faire évoluer pour faire avancer la société en général.

 « Merci les filles », aux éditions Hors Collection, 13x21cm, 160 pages, 16€.

Plus d’infos sur : http://www.horscollection.com/site/ouvrage_&100&9782258084575.html

Des extraits du livre sont accessibles depuis : http://widget.yodawork.com/book/viewer2.aspx?largeur=1180&hauteur=662&ean13=9782258084575&bookshop=hors_collection&page=0&wid=undefined

 


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