Anaïs' Misfits

Le blog anti-miso-boulot-dodo. Le récit de mes méfaits diurnes et/ou nocturnes. Blog d'humeur et de mauvaises humeurs.

lundi 9 mai 2011

Interview spéciale "Jupe", Isabelle Cottenceau et Eloise Cohen de Timary "Sous les pavés la jupe" sur Arte

jupe_7315_north_320x480Au milieu de cette « tontonmania » médiatique, Arte consacre ce mardi 10 mai une soirée Théma à la jupe. La semaine dernière j’ai pu assister à la projection en avant-première des deux documentaires, « Sous les pavés la jupe »et « Eloge de la jupe ».

 

Chose promise chose due, suite à mon billet de mercredi dernier sur l'avant-première, je mets en ligne l’interview conjointe d’Isabelle Cottenceau, réalisatrice du documentaire « Sous les pavés la jupe » et de sa co-auteure Eloise Cohen de Timary.

 

Foin du jubilée de l’homme de la Roche de Solutré, rencontre avec deux femmes de terrain parties sonder l’inconscient collectif, démontant les archaïsmes et bravant les représentations afférentes à la jupe.

 

 

 + Comment vous est venu l’idée d’un documentaire sur la jupe ?

Eloise Cohen de Timary : Je voulais depuis longtemps proposer un sujet qui raconte l'histoire de l'émancipation des femmes et je suis un jour tombée par hasard sur le livre de Christine Bard, « Ce que soulève la jupe ». Je suis donc partie de ça pour commencer à écrire un sujet de documentaire qui, sous ses apparences légères et frivoles, parle du rapport entre les sexes, du contrôle sur le corps des femmes et de leur conquête de la liberté. La jupe est donc un sujet extrêmement politique! 

+ Le reportage s’ouvre sur une séquence tournée à Rennes avec des collégiens. Leurs propos sont très durs à l’égard des filles en jupe. Ils semblent l’exprimer très spontanément, comme une évidence, jupe rime avec pute. L’avez-vous ressenti comme tel lors du tournage ?

Isabelle Cottenceau : On a tourné dans deux classes. L’une à dominante masculine, l’autre à dominante féminine, pour recueillir des propos très spontanés. Les jeunes savaient qu’ils allaient accueillir une équipe de télévision. Leurs propos venaient d’eux. Certaines paroles sont très dures, notamment « jupe =pute ». Un jeune garçon, à l’air innocent, dit qu’une fille en jupe ne se respecte pas. Il le dit de manière très dure, très ferme, très déterminée.  Les jeunes répercutent des discours qu’ils ont entendus, et les intègrent complètement.

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+ Tourner en région, était-ce un choix pour montrer que la montée de l’intolérance à l’égard des femmes n’est pas le privilège des « quartiers » ou de certaines « banlieues » ?

Isabelle Cottenceau : Je voulais vraiment tourner en dehors du cadre des cités pour montrer que ces problèmes de jupe, qui racontent les relations difficiles entre les filles et les garçons à l’adolescence, peuvent se passer partout. C’était intéressant d’aller à Rennes pour cette raison-là. L’idée de tourner à Rennes est  venue d’une association, Liberté Couleurs, qui est à l’origine du printemps de la jupe. C’est ainsi qu’on s’est retrouvées à tourner avec Julie, l’animatrice que vous verrez au début du film et qui intervient régulièrement dans les collèges. On a tourné dans deux collèges qui brassent des populations mélangées. L’intolérance n’est le fait de gens qui sont systématiquement montrés du doigt. En l’occurrence le jeune garçon [dont je parlais juste avant] qui parle, est blanc, présente bien, n’a pas la casquette à l’envers. C’est important de ne pas véhiculer cette espèce de cliché. Mon travail concerne tout le monde ! La jupe concerne toute la société : la sphère politique, sciences Po, dans la mode. C’est très transversal sociétalement cette histoire de pantalon.

+ Les jeunes filles relaient le discours des garçons. Vous qui êtes allées sur le terrain, pensez-vous qu’il soit possible de faire machine arrière ?

Isabelle Cottenceau : Malheureusement je ne suis que réalisatrice et journalistes, il faudrait poser la question aux associations. Je suis témoin d’une réalité à l’instant « T ». Les filles reprennent le discours des garçons. Au final, tout le monde accepte ce discours de soumission. On y voit la dégradation de l’image de la femme. Certains propos sont choquants. J’ignorais à quel point cette question de la jupe pouvait poser problème dans les collèges et les lycées. J’ai été très surprise. A la base de tout cela, il y a beaucoup d’a priori, de manque de communication, il faut beaucoup d’échanges pour casser tous ces clichés qui pèsent encore sur les filles et qui, comme on le voit dans le film, n’est que le lien de toute une histoire de soumission, de censure, de pression sur la femme. Ca commence très tôt. C’est aussi ce qu’on a voulu montrer en ouvrant sur une séquence tournée en collège.

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+ Dans le documentaire, peu d’intervenants sont des hommes. La jupe reste-t-elle une affaire de « bonnes femmes » ?

Isabelle Cottenceau : Je suis toujours attentive à la mixité des intervenants dans mes films. Là, peut-être qu’il y a plus de femmes… En fait, il y a un historien du corps, un sociologue, un couturier, un historien de la mode. Je trouve que les hommes sont assez bien représentés. Ils ont leur mot à dire dans l’histoire de la mode. Ce film n’est pas un film pour et par les femmes.  Le discours des hommes est très important.  La morale dominante ne renvoie pas qu’aux hommes. Des hommes ont fait bouger les choses, comme Yves Saint-Laurent. Il ne faut pas que les hommes se sentent écartés ou exclus.

+ Vous êtes-vous heurté à certains refus ? Pouvez-vous dire lesquels ?

Isabelle Cottenceau : Certains de nos interlocuteurs et interlocutrices n’ont pas vraiment joué le jeu. D’autres, en revanche nous ont beaucoup aidées. Nous avons pu bénéficier de l'aide de la bibliothèque Marguerite Durand qui a fait une très belle exposition sur "Photo, femmes, féminisme", des images que vous pouvez voir régulièrement dans le documentaire, une ancienne féministe nous a également prêté des photos. 

+ Lors du tournage avez-vous vraiment senti une levée de boucliers contre la « jupe » (je pense notamment à certaines féministes que vous interrogez) ?

Isabelle Cottenceau : Les féministes aujourd’hui ne sont pas d’accord entre elles. Pour Clémentine Autain, que nous interviewons dans le film, la jupe stigmatise les jeunes arabo-musulmans. D’autres, comme à Ni Putes Ni Soumises, combattent tous les archaïsmes quels qu’ils soient. Ce n’est pas juste de dire qu’on stigmatise quand on les dénonce. La jupe dérange une partie des associations féministes par rapport à ces questions liées à la laïcité, à l’immigration. C’est un matériau brûlant, à manier avec délicatesse.

+ Bon et vous, vous êtes plutôt jupe ou pantalon ?

Eloise Cohen de Timary : Les deux. Mais je dois dire que pendant toute la préparation du film ainsi que lors du tournage, je n'avais qu'une envie: porter des jupes!

Isabelle Cottenceau : Moi je suis pantalon. Je ne suis pas très jupe. Je ne l’ai jamais vraiment été…il faudrait qu’on creuse un peu. Mais je trouve qu’on peut être aussi très sexy en pantalon. Le pantalon est aussi un transfert de la féminité. Il y a de la sensualité aussi dans le pantalon.

+++ Rendez-vous ce mardi 10 mai à 20h40 sur Arte+++

 

 

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En guise de croustilles deux extraits des deux films, ci-après !


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Posté par anaismisfits à 19:19 - 3 Questions à - +++ Laissez-moi vos commentaires +++ [0] - Permalien [#]
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