Anaïs' Misfits

Le blog anti-miso-boulot-dodo. Le récit de mes méfaits diurnes et/ou nocturnes. Blog d'humeur et de mauvaises humeurs.

mercredi 4 mai 2011

Avant-Première Arte "Sous les pavés la jupe" et l' "Eloge de la jupe"

Hier soir, j’ai pu assister à la projection en avant-première des deux documentaires, « Sous les pavés la jupe » et « Eloge de la jupe », qui seront diffusés mardi 10 mai sur Arte lors d’une soirée Thema « Jupe ou pantalon ? ». Débrief de la soirée.

 

Proj_JupeRésumé : Le vêtement de la femme cristallise depuis toujours la guerre des sexes. C'est même un incroyable révélateur de l'époque. (…) Conçu comme un voyage entre passé et présent, tourné dans des établissements scolaires, avec l'association Ni putes ni soumises, à l'Assemblée nationale et à Sciences-Po, ce film croise le regard d'hommes et de femmes "de terrain" avec celui d'historiens comme Georges Vigarello ou Christine Bard, auteure de Ce que soulève la jupe (Autrement, 2010) et d'Une histoire politique du pantalon (Le Seuil, 2010).

 

 

« Elle l’a bien cherché »

 

Dès l’intitulé « Sous les pavés la jupe », le documentaire signé Isabelle Cottenceau, sur une idée d'Eloise Cohen de Timary, souligne que les combats d’hier ne sont plus exactement ceux d’aujourd’hui. Dans sa chronologie des combats féministes, le film le montre très bien : la donne a changé.

 

La jupe c’est l’« accessibilité sexuelle », la promesse d’un « sexe offert ». On détrousse, on retrousse, on va trousser la donzelle. A contrario, bien que dévoilant les jambes, que l’historienne Christine Bard définit comme « le chemin jusqu’au sexe », le pantalon constituait jadis une entrave à ce « sexe offert ». Porter un pantalon c’est aller sur le terrain des hommes. Tu ne me trousseras point.

 

Retour en 2011. Les mots prononcés sont parfois très crus. Des jeunes collégiens et lycéens de Rennes se lâchent : jupe rime avec pute. Les verbatims sont éloquents, la frustration est à la hauteur de leur violence « les musclent se retiennent pas » dit l’un d’entre eux. Pis, les classes de jeunes filles interrogées achèvent d’entériner le dogme anti-jupe, relayant le discours de leurs petits camarades, désignant les regards et les insultes réservées aux minettes en jupe.  nb : les images ont été tournées en région, pas dans le 93 ou dans les coins que les media affectionnent pour faire de l’audience.

 

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Son plaisir narcissique, s’il suscite le désir des hommes et qu'il est assumé comme tel, la femme le paie ainsi dans ce qu’elle doit assumer en retour les conséquences de ce qu’elle provoque. La femme en jupe est responsable du comportement d’orang-outang du mec qui la mate. Autrement dit, sans elle, mais si bien sûr pas d’étincelles. Voyons, la nature profonde du mâle resterait prude sans ces bans de poufiasses dont ces messieurs estiment qu’elles aguichent dès lors qu’elles enfilent une paire de collant et mettent du noir aux yeux.  La femme est un pêché. Aussi, après des décennies de batailles contre l’omnipotence de la jupe, il incombe à la femme par essence coupable et responsable, de se cacher. Ce qui amène Sihem Habchi de Ni pute Ni soumise à déclarer « C’est une question de confiance, on n’est pas des dangers ambulants ».

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De la révolution sexuelle des 60’s, est né un énorme contresens que dénonce avec force la féministe Anne Zelensky : « la révolution sexuelle c’était dire que les femmes étaient à l’écoute de leur désir, c’était pas coucher 5 minutes après la rencontre ». Les mecs eux n’y ont vu eux que des hordes de gorgones s’offrant au premier venu.

 

Quant à la polémique selon laquelle pointer le recul des droits de la femme, en particulier des jeunes femmes, c’est stigmatiser de jeunes « arabo-musulmans », et agir en faveur d’un racisme rampant, Sihem Habchi le dit clairement, le féminisme n’est pas réservé à une élite bourgeoise « Je parle pour toutes les femmes ». Et je lui dis merci.

 

« Sans culotte »

 

Le second documentaire « L’Eloge de la jupe » réalisé par Juliette Armanet, recueille quant à lui, les témoignages de femmes irréductibles de la jupe et bien dans leur sensualité. Leurs propos sont parfois très cash, affichant clairement leur plaisir à porter le vêtement, avec en filigrane ce rapport au sexe. Evoquant le vent et les fluides qui effleurent leur entrejambe….mouais. Je suis plus dubitative, et clairement certaines choses m’ont littéralement hérissée. Mais bon, c’est leur avis. Je n’en fais par partie, mais je comprends qu’une femme ait besoin de s’affirmer dans l’überféminité, frivole, coquette voire aguicheuse…disponible ?...

 

En mars dernier quatre lycéennes de St Ouen se sont vues refuser l’accès à leur établissement en raison de robe qu’elles portaient, car jugée comme ostentatoire et prosélyte. Bien la preuve que la jupe demeure résolument l'objet de tous les fantasmes et de toutes les idéologies.

 

Je vous invite vraiment à noter la diff dans vos agendas.

Mardi 10 mai à 20h40 sur Arte. Les documentaires seront suivis d’un débat.

 

+++ Mardi prochain, retrouvez sur le blog l’interview d’Isabelle Cottenceau et d’Eloise Cohen de Timary, respectivement réalisatrice et co-auteure de « Sous les pavés la jupe ». +++

 

Mise à jour du 11 mai :

Le documentaire dans son intégralité  


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Posté par anaismisfits à 12:53 - Ma vie Mondaine - +++ Laissez-moi vos commentaires +++ [7] - Permalien [#]
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Commentaires

    disponibilité sexuelle

    La façon dont s'habille une femme est systématiquement interprété comme un degré de disponibilité sexuelle. Les femmes qui se voilent le font souvent pour témoigner de leur vertu ; au contraire, les filles en jupe indiqueraient qu'elles sont disponibles sexuellement... ce qu'il faut leur faire payer pour certains.

    Au final, une femme doit toujours, en s'habillant et faire attention à ne pas avoir l'air d'une "pute".

    Un homme torse nu ou en short ne sera jamais perçu comme cela. Le corps de la femme est hyper sexualisé dans les imaginaires, par rapport à celui de l'homme.

    Posté par antisexisme, mercredi 4 mai 2011 à 18:19
  • je sais que c'est un peu évident ce que je dis, mais peu de gens se demandent pourquoi le corps féminin serait plus désirable que le masculin... Toute une construction sociale est à l'oeuvre à mon avis.

    Posté par antisexisme, mercredi 4 mai 2011 à 18:24
  • Y'a du boulot !

    Je suis tout à fait d'accord avec ce que tu dis. Dur dur de faire machine arrière. Le documentaire est à voir, car il déconstruit les constructions autour de la jupe. Rendez-vous mardi soir sur Arte, et mardi aprem pour l'interview de la réalisatrice et de la co-auteure du documentaire. A très vite ! Anaïs

    Posté par Anaïs Misfits, jeudi 5 mai 2011 à 14:48
  • Je suis un homme et je trouve tout simplement qu'une femme est plus belle en jupe ou en robe qu'en pantalon.
    Si une femme se sent mieux en pantalon, ce n'est vraiment pas laid non plus. Il y a plus de critères chez une personne que l'aspect physique. Le regard, le sourire, la voix, le rire, les choses que dit la personne ; et les gestes d'amitié, de tendresse, de soutien ... Ce n'est pas parce qu'une prostituée porte une jupe qu'une autre femme en jupe a l'air d'une prostituée. Pas plus que " Un éléphant est gros, je suis gros, donc je suis un éléphant."
    La vie est plus subtile et plus belle que cela. Chassez de telles idées de votre tête ou elles pourraient vous rendre malheureuse.

    Posté par MacHin, lundi 9 mai 2011 à 18:13
  • Très juste !

    Cher Mac Hin, je trouve ton syllogisme très pertinent. Merci pour ton commentaire (celui-ci et les autres sur l'Ecosse). Je viens de poster l'interview de la réalisatrice et de la co-auteure du documentaire. Il y a également des extraits video. Si cela t'intéresse, c'est par là : http://anaismisfits.canalblog.com/archives/2011/05/09/21094883.html
    Bonne soirée! Bises, Anaïs

    Posté par Anaïs Misfits, lundi 9 mai 2011 à 19:40
  • Documentaire très intéressant.
    Je suis une fille et quand je suis en jupe et seule, je ne suis pas très à l'aise. Du coup je m'autorise les jupes seulement quand je suis avec un garçon. (même si ce n'est pas mon copain, je me sens mieux. Parce que ça montre le fait que je ne me suis pas mise en jupe pour plaire à n'importe qui)
    Quand je suis en jupe, je me demande moi-même pourquoi je me suis mise en jupe; oui, elle est belle, elle me plaît, je me sens bien dedans, je n'ai pas trop chaud, ... mais est-ce que ce n'est pas un petit peu aussi pour se sentir désirée et être regardée ? Le problème, c'est que je n'aime pas tous ses regards déplacés, insistant, sexuels, les réflexions... Un peu contradictoire.
    En tous cas j'envie et je félicite les femmes qui ose les jupes, qui ont confiance en elle et ne prête pas attention aux gros lourds !

    Posté par min, vendredi 20 mai 2011 à 22:54
  • REVOIR CES REPORTAGES

    Bonjour,

    je suis enseignante et cette année pour la première fois j'enseigne à des sections "mode" et nous travaillons sur l'histoire de la jupe... cette soirée "tema" m'intéresse extrêmement par rapport à tout ce qu'elle soulève...mais hélas, je ne l'ai pas enregistré...J'ai contacté ARTE qui n'a pas les droits sur cette soirée donc ne le commercialise pas... Est ce que quelqu'un aurait enregistré cette soirée et pourrais me la transmettre?
    Merci beaucoup.
    Virginie.

    Posté par virginie, samedi 17 septembre 2011 à 11:07

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